Le jour ou je suis devenue orpheline


Séquences Emotions / lundi, mars 5th, 2018

Quand je regarde cette photo, les frissons me montent, ma fille lui ressemble tellement.

Voilà 18 mois que je vis sans « ELLE ». La douleur est toujours aussi écrasante. J’attends l’instant où on dit: tu verras avec le temps la douleur s’estompe et on fait place aux souvenirs.

Et bien moi je l’attends toujours ce moment. Je me souviens encore de ce jour ou à l’hôpital on m’a annoncé froidement que ma maman avait un cancer de stade 4 phase terminale. Les médecins ont le don pour parler avec un ton grave, prendre ce visage si sombre. Je savais déjà que quelque chose de grave était en train de se passer. A cet instant, j’ai bugée, je ne réalisais même plus que le toubib continuait à me balancer son charabia… Tout ce que j’avais envie de lui c’était : tais-toi! Pourquoi me dis-tu toutes ces choses horribles! « elle va mourir », non ce n’est pas possible, tu es médecin tu dois faire quelque chose c’est ton job de sauver des vie non ? Je me suis accrochée à cet espoir très longtemps… c’était le déni.

Tu vas guérir tu n’as pas le doit de m’abandonner, maman tu ne peux pas partir tu as une petite fille de 3 ans, qui souhaite passer encore du temps avec toi, se créer de jolis souvenirs, non tout ça ne peut pas s’écrouler! Que fais-je faire sans toi? A ce moment précis, tu te sens seule tu as beau être entourée tu es inexorablement seule avec ta peur et ta douleur. Les sentiments se chevauchent tel un tourbillon d’émotions. La colère arrive, je ne peux pas y échapper. On va me prendre ce que j’ai de plus précieux, celle qui m’a portée, non je ne veux pas y croire. Je me souviens encore comme si était hier le premier soir où je suis rentré de l’hôpital, que je me suis effondrée seule dans ma salle de bain. Me regardant dans le miroir, le visage explosé, je me suis assise dans un coin de cette pièce et comme une gamine j’ai pleuré.

Ma maman était éternelle pour moi, cette femme si forte, jamais je n’ai vu une larme sur son visage, ni même me dire: je t’aime. Mais je ne lui en veux plus. Fille de la guerre 1939-1945 on ne se plaignait pas à cette époque, il n’y avait pas de place pour les émotions de ce genre. Seule fille parmi une fratrie de 7 enfants, un papa mort trop tôt, elle n’a pas eu une vie facile. Ma grand-mère a élevé seule ses sept enfants.

Les mois qui ont suivis l’annonce de cette terrible nouvelle ont été les pires de ma vie. Six moi durant, j’ai cru en un réel espoir de guérison, car comme chacun sait, dans cette saleté de maladie, il y a des moments ou ça va plutôt bien et ça donne un brin d’espoir, c’est humain.

Je me souviens également de certains de mes amis (es) qui se sont éloignés. Par peur? peut-être. Parce que tu n’es peut-être plus aussi joyeuse qu’avant? Ou tout simplement parce que tu n’es plus qu’une machine à pleurer? Et que tu ne racontes plus que des trucs tristes. Alors oui, on te fuit, on évite surtout de te téléphoner car on ne sait plus quoi te dire. Il y a eu aussi ceux qui savent tout mais qui n’ont même pas idée ce que c’est que de vivre ce passage, ceux là on les nomment: les donneurs de leçons! Toujours prêts à vous donner les clés du: « comment ne pas souffrir en 10 étapes ».

Ma maman a eu la chance de pouvoir rentrer à la maison, chez elle dans son refuge. Tout était si bien organisé pour son retour, entre les soins à domicile trois fois par jour et les visites familiales, dans l’ensemble cela fonctionnait bien. Jusqu’à ce fameux jour, ou j’ai reçu un appel de sa part, je me souviens c’était un jour magnifique d’été (elle adorait cette saison) j’étais à la piscine avec ma petite princesse, je n’ai pas entendu mon portable tout de suite… J’ai écouté ma messagerie:

Combox – vous avez un nouveau message de maman portable:

Maman – coucou c’est moi, je suis à l’hôpital, peux-tu me téléphoner quand tu seras de retour? bisous.

Coup de stress, c’est évident, maman avait multiplié  les chimiothérapies palliatives, elle était épuisée, au bout de son combat, à et instant j’ai senti mes jambes se dérober. J’ai pris mon courage à deux mains et j’ai composé le numéro du service d’urgences.

Dans la soirée je suis allé lui rendre visite, de la voir ainsi couchée dans son lit d’hôpital, j’ai réalisé ce qui se passait… je me suis approché d’elle et j’ai vu dans son regard, une profonde détresse, elle m’a regardé et d’une voix tremblotante elle m’a dis:

– le médecin vient de me dire clairement que j’allais mourir, il ne peut plus rien faire pour moi.

Je me suis mise à pleurer, je n’ai pas réussi à cacher mes larmes, je l’ai prise dans mes bras et je n’ai pas cessé de lui répéter: je t’aime maman, je t’aime tellement, tu ne peux pas me laisser comme ça! Bordel de merde je me suis pris la vérité dans la tronche réellement à cet instant! Quand je l’ai quitté ce soir-là, je ne savais pas que le lendemain elle serait déjà plongée dans une sorte d’état second, semi-comateux, probablement droguée par la morphine. C’était le choc! Non j’avais encore tellement de choses à lui dire, j’ai prié à la chapelle de l’hôpital, je me suis accrochée à tout ce qui était possible et qui me faisait du bien! Mais rien n’y a fait! Pas de miracle, pas de réveil en me disant: ce n’est qu’un cauchemar! Inexorablement la machine s’était mise en route, le compte à rebours était lancé…

Le lendemain l’hôpital me téléphone, en m’annonçant que ma mère doit être transférée dans un autre établissement mieux adapté dans l’accompagnement de personnes en fin de vie ( déjà à ce moment précis, tu détestes qu’on te balance ça ainsi ). Je ne voulais pas qu’on la transfère! J’habitais proche de cet hôpital, je savais qu’en moins de 15 minutes je pouvais être là. Je n’ai rien eu à dire, on m’as bien fait comprendre que l’hosto n’est pas un lieu pour mourir et que le service ou elle était, le personnel n’était pas qualifié pour accompagner des personnes en fin de vie. La je sèche, car si un hôpital n’est pas fait aussi pour ça alors on ne meurt jamais là-bas? Et bien non pas dans ces circonstances. On a transféré ma mère dans un lieu glauque dans un centre de soins palliatif. neufs jours j’ai fais ces trajets pour lui rendre visite.

Le dernier jour fût très étrange, car le matin déjà j’ai souhaité lui rendre visite très tôt, un pressentiment?

J’ai passé ma journée à lui passer en boucle ses musiques préférées, à lui parler, à la prendre dans mes bras, lui caresser la main, lui chuchoter des tas de choses dans le creux de l’oreille et lui dire surtout qu’elle pouvait partir sans s’inquiéter pour moi, que j’allais me débrouiller maintenant comme une grande fille de 46 ans. A 18h je suis rentré chez moi. Je me suis occupé de ma petite princesse, car pour être honnête, depuis quelque temps, elle n’était plus ma priorité.

Je m’excuse ma fille, maman n’a pas réussi à faire face à tout ce qui se passait, je n’ai pas été très rigolote depuis un certain temps. Et oui je ne suis pas une wonder Woman! On a passé cette soirée ensemble mais mon esprit était ailleurs… Je me souviens qu’à 22 heures j’ai allumé la TV et j’avais mon portable dans les mains comme si j’attendais quelque chose, un appel… 23 heures la sonnerie me fait sursauter, je vois le numéro, c’était le service de soins, j’ai décroché d’une petite voix mon portable.

– oui allo?

-bonsoir, c’est le service d’unité de soins palliatifs, on est désolé mais votre maman est partie paisiblement. Toutes nos condoléances.

Cette fois c’est fini, maman est parti le 15 juillet 2016 à 23h.

Le fil n’est pas coupé.

Pourquoi serais-je hors de ta pensée

Simplement parce que je suis hors de ta vue ?

Je t’attends.

Je ne suis pas loin, juste de l’autre côté du chemin.

Tu vois, tout est bien.

Je vous embrasse.

Lolotte

 

 

Laisser un commentaire